Biographie de Saint François de Sales

Évêque d’un diocèse savoyard, la sainteté de François de Sales fit de lui un modèle de l’épiscopat, et la vénération générale l’entoura. Les nécessités de l’apostolat et de la direction le déterminèrent non seulement à fonder l’ordre de la Visitation, mais surtout à devenir l’un des premiers grands auteurs spirituels de langue française. De plus, il manifeste des dons littéraires remarquables. À tous ces titres, Saint François de Sales demeure l’une des hautes figures du catholicisme européen de la période moderne.

A une religieuse, 6 janvier 1619, Tome XVIII, page 334

« Et croyez-moi bien aussi, ma chère Fille, que ce m'est une fort particulière consolation de recevoir de vos lettres et de vous envoyer des miennes. Vous êtes bien auprès de cette crèche sacrée en laquelle le Sauveur de nos âmes nous enseigne tant de vertus par son silence. Mais, qu'est ce qu'il ne nous dit pas en se taisant ? Son petit cœur, pantelant d'amour pour nous, devrait bien enflammer le nôtre. Mais voyez combien amoureusement il a écrit votre nom dans le fond de son divin cœur, qui palpite là sur la paille pour la passion affectueuse qu’il a de votre avancement, et ne jette pas un seul soupir devant son Père auquel vous n'ayez part, ni un seul trait d’esprit que pour vôtre bonheur. L'aimant attire le fer, l'ambre attire la paille et le foin : ou que nous soyons fer par dureté, ou que nous soyons paille par imbécillité, nous nous devons joindre à ce souverain petit Poupon, qui est un vrai tire-cœur.
« Oui, ma Fille, ne retournons point en la région de laquelle nous sommes sortis (Matt, II,12) ; laissons pour jamais l'Arabie et la Chaldée, et demeurons aux pieds de ce Sauveur. Disons avec la céleste Épouse (Cant, III, 4) : J'ai trouvé Celui que mon cœur aime, je le tiens, et ne l'abandonnerai. »

A Madame de Chantal, 28 décembre 1605, Tome XIII

« Mon Dieu, ma Fille, que je vous souhaite en Bethléem maintenant, auprès de votre sainte Abbesse. Hé, qu'il lui sied bien de faire l'accouchée et de manier ce petit Enfançon ; mais surtout j'aime sa charité, qui le laisse voir, manier et baiser à qui veut. Demandez‑le lui, elle vous le donnera ; et l'ayant, dérobez lui secrètement une de ces petites gouttelettes qui sont dessus ses yeux. Ce n'est pas encore la pluie, ce ne sont que les premières rosées de ses larmes. C’est merveille combien cette liqueur est admirable pour toute sorte de mal de cœur…. »

Ce que j’aime

Saint François de Sales

Ce que j’aime, disait un jour Saint François de Sales
En son langage gracieux,
Plus que tous les trésors que ce bas monde étale,
Plus que tous les trésors des cieux :

Oui, ce que j’aime plus que la fleur qui se mire
Au bord des transparentes eaux,
Plus que la brise qui soupire,
Plus que le vol sublime et les chants des oiseaux,

Plus que le flot suivi par le flot qui l’efface
Et dont le murmure m’endort,
Plus que les étoiles, lueurs d’or
Écloses dans les champs merveilleux de l’espace,

Plus que l’éclair jetant dans le cœur du méchant
D’heureuses et vives alarmes,
Plus que les yeux bleus d’un enfant
Souriant à travers ses larmes,

Quelques textes de Saint François de Sales
sur l’Immaculée Conception

Traité de l’Amour de Dieu.

Livre II, c. 6 : De quelques faveurs spéciales exercées en la Rédemption des hommes par la divine Providence.

« Dieu, certes, montre admirablement la richesse incompréhensible de son pouvoir, en cette si grande variété de choses que nous voyons en la nature, mais il fait encore plus magnifiquement paraître les trésors infinis de sa bonté, en la différence non pareille des biens que nous reconnaissons en la grâce. Car, Théotime, il ne s'est pas contenté, en l'excès sacré de sa miséricorde, d'envoyer à son peuple, c'est‑à‑dire au genre humain, une rédemption générale et universelle, par laquelle un chacun peut être sauvé; mais il l'a diversifiée en tant de manières, que sa libéralité reluisant en toute cette variété, cette variété réciproquement embellit aussi sa libéralité.

Ainsi il destina premièrement pour sa très sainte Mère une faveur digne de l'amour d'un Fils qui, étant tout sage, tout puissant et tout bon, se devait préparer une Mère à son gré : et partant, il voulut que sa rédemption lui fût appliquée par manière de remède préventif, afin que le péché, qui s'écoulait de génération en génération, ne parvînt point à elle. De sorte qu'elle fut rachetée si excellemment, qu'encore que par après le torrent de l'iniquité originelle vint rouler ses ondes infortunées sur la conception de cette sacrée Dame, avec autant d'impétuosité comme il eût fait sur celle des autres filles d'Adam, si est-ce qu'étant arrivé là, il ne passa point outre, mais s'arrêta court, comme fit anciennement le Jourdain du temps de Josué (Josué III, 16,17), et pour le même respect: car ce fleuve retint son cours en révérence du passage de l'Arche de l'alliance, et le péché originel retira ses eaux, révérant et redoutant la présence du vrai Tabernacle de l'éternelle alliance.

Saint François de Sales et l’esprit du monde :

« Quoi que nous fassions, le monde nous fera toujours la guerre »

Saint François de Sales en prière

Introduction à la Vie Dévote, 4ème partie

Chap. I : qu’il ne faut point s’amuser aux paroles des enfants du monde

« (..) Nous ne saurions être bien avec le monde, qu’en nous perdant avec lui. Il n’est pas possible que nous le contentions, car il est trop bizarre « Jean est venu, dit le Sauveur, ne mangeant ni buvant, et vous dites qu’il est endiablé ; le Fils de l’homme est venu en mangeant et buvant, et vous dites qu’il est Samaritain. » Il est vrai, Philothée; si nous nous relâchons par condescendance à rire, jouer, danser avec le monde, il s’en scandalisera; si nous ne le faisons pas, il nous accusera d’hypocrisie ou mélancolie ; si nous nous parons, il l’interprétera à quelque dessein ; si nous nous démettons, ce sera pour lui vileté de cœur; nos gaîtés seront par lui nommées dissolutions, et nos mortifications tristesses ; et nous regardant ainsi de mauvais œil, jamais nous ne pouvons lui être agréables. Il agrandit nos imperfections et publie que ce sont des péchés ; de nos péchés véniels, il en fait des mortels ; et nos péchés d’infirmité, il les convertit en péchés de malice. En lieu que, comme dit saint Paul, « la charité est bénigne », au contraire le monde est malin; au lieu que « la charité ne pense point de mal », au contraire le monde pense toujours mal ; et quand il ne peut accuser nos actions, il accuse nos intentions. Soit que les moutons aient des cornes ou qu’ils n’en aient point, qu’ils soient blancs ou qu’ils soient noirs, le loup ne laissera pas de les manger, s’il peut.

Quoi que nous fassions, le monde nous fera toujours la guerre : si nous sommes longuement devant le confesseur, il demandera que c’est que nous pouvons tant dire ; si nous y sommes peu, il dira que nous ne disons pas tout. Il épiera tous nos mouvements, et pour une seule petite parole de colère, il protestera que nous sommes insupportables ; le soin de nos affaires lui semblera avarice, et notre douceur, niaiserie ; et quant aux enfants du monde, leurs colères sont générosités, leurs avarices, ménages ; leurs privautés, entretiens honorables : les araignes gâtent toujours l’ouvrage des abeilles.

Laissons cet aveugle, Philothée : qu’il crie tant qu’il voudra, comme un chat-huant, pour inquiéter les oiseaux du jour. Soyons fermes en nos desseins, invariables en nos résolutions; la persévérance fera bien voir si c’est à certes et tout de bon que nous sommes sacrifiés à Dieu et rangés à la vie dévote. Les comètes et les planètes sont presque également lumineuses en apparence ; mais les comètes disparaissent en peu de temps, n’étant que de certains feux passagers, et les planètes ont une clarté perpétuelle : ainsi l’hypocrisie et la vraie vertu ont beaucoup de ressemblance en l’extérieur; mais on reconnaît aisément l’une d’avec l’autre, parce que l’hypocrisie n’a point de durée et se dissipe comme la fumée en montant, mais la vraie vertu est toujours ferme et constante. Ce ne nous est pas une petite commodité pour bien assurer le commencement de notre dévotion, que d’en recevoir de l’opprobre et de la calomnie ; car nous évitons par ce moyen le péril de la vanité et de l’orgueil, qui sont comme les sages-femmes d’Egypte, auxquelles le Pharaon infernal a ordonné de tuer les enfants mâles d’Israël, le jour même de leur naissance. Nous sommes crucifiés au monde et le monde nous doit être crucifié ; il nous tient pour fous : tenons-le pour insensé.

 

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